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LA BELGIQUE : un état artificiel ?Bernard Claes 24 mars 2011 Sa création répondrait plus à la volonté des
grandes puissances du 19 ème siècle de créer un Etat tampon bridant les
aspirations de la France qu'à celle de ses fondateurs de former une nation
nouvelle où l'espérance et la liberté domineraient.
La Belgique ne serait pas une nation.
Il est réducteur de considérer la Belgique de 1830 comme un simple pion sur l'échiquier. Sa petite taille n'est pas une réponse, d'autres nations étaient plus petites. Son multilinguisme ne devait pas faire obstacle à son unité. (N'aurait pas dû faire...). La langue française unifiait toute l'administration. Nos fondateurs avaient évité le piège. Le jeune Etat possédait bien des atouts à sa
naissance, il l'a prouvé.
Je reste persuadé que l'élan révolutionnaire de
septembre 1830 valait celui des Français en 1789, des Américains de 1776 ou des Tunisiens de 2011.
Il était engendré par le courant du début de ce
siècle qui vit éclore Lamartine et consacra Victor Hugo.
Son succès économique du début du 20ème siècle ne devait rien au hasard.
Bien implanté au carrefour de l'Europe, donc au
sein du monde de ce temps là, notre pays
avait tout pour réussir: des terres agricoles, boisées, un riche sous-sol
charbonnier (l'exploitation pétrolière n'était pas encore incontournable), des
voies navigables, un accès direct à la mer, une population dense, formée et
compétente, une colonie inépuisable, un génie civil supérieur et une langue
administrative unique...le français.
A ces égards, la Belgique était nettement mieux parée que d'autres nations; il suffit pour s'en rendre compte de constater que bien des états ont été taillés au cordeau, les USA eux-mêmes ne font pas exception.
Quant à l'emploi des langues, il était plus commode
d'imposer une langue administrative internationale. Les premiers Belges l'avaient bien compris : le français s'imposait.... au nord comme au
sud.
Un exemple similaire nous vient des USA où l’anglais
reste la seule langue administrative malgré la montée de l'espagnol dans nombre
d'états du sud.
Cependant, seuls les Wallons ont spontanément remisé leur(s) patois au profit de la prépondérance du français, première langue diplomatique du 19 ème siècle alors que les Flamands tout au contraire, ont peu à peu utilisé leur(s)
patois comme étendard au sein de leur
communauté.
Erreur historique pour qui considère qu'il est avant tout nécessaire
de communiquer aisément au monde entier.
Argument politique majeur pour qui veut unifier une majorité et dominer l'autre communauté minoritaire. Ce fut rapidement l'objectif majeur du grand patronat
flamand...francophone.
Je crois difficilement la thèse de milieux intellectuels ou
artistiques flamands réanimant spontanément et romantiquement la flamme de leur
langue, ils ont, à mon sens tous été plus ou moins manipulés.
De même qu'aucune guerre de religion n'a jamais existé, la croisade
flamande pour la reconnaissance de son idiome a moins pour but d' obtenir une reconnaissance culturelle que de
bénéficier des avantages économiques découlant de la loi du nombre et ce, au
profit d'une minorité pour qui le seul
drapeau est le dollar ou l'euro.
La langue véhiculaire d'une ethnie dominante lui permet de s'imposer
intra muros dans tous les domaines.
Paradoxalement, le Flamand est avant tout considéré comme vernaculaire
par ceux-là même qui en défendent l'usage.
Ainsi, dans l'affaire lybienne, on a récemment entendu le député
européen Guy Verhoofstadt fustiger l'inertie européenne en Anglais.
Révélateur.
Le pragmatisme est la panacée des dirigeants politiques flamands et de
leurs financiers en particulier.
Cette attitude schizophrénique permet à la Flandre de jouer sur tous
les tableaux.
Pendant ce temps, les Wallons et plus particulièrement les
francophones bruxellois, cultivent un complexe lié tant à une culture judéo-chrétienne
qu'à un manque de fierté .
Ils se soumettent et reconnaissent la loi du
nombre.
Ils multiplient les preuves
d'allégeance : on ne compte plus les écoles vantant l'immersion linguistique au
nom de la réconciliation .
Le triste quotidien Le Soir, définitivement volé, vient d'en administrer
la preuve en se couvrant de ridicule. Son édition néerlandophone est un
monument dédié à la bêtise journalistique .
Tempus fugit, on ne refait pas l'histoire. Pendant que les Francophones jouent les curés d'Ars, Vondel attend
dans le hall et Monsieur Dewever rencontre Monsieur Cameron démontrant par là
que la Belgique est devenue un Etat artificiel. Ce qu'elle n'était peut-être pas à son origine.
Ainsi, en moins de deux siècles, un Etat moins complexe et plus jeune
que les Etats-Unis aura réussi à se saborder grâce à l'utilisation d'une bombe
implosive: L' utilisation d'une langue.
L'usage fallacieux que l'on aura fait de la prépondérance de celle-ci aura ruiné de manière irréversible la volonté première des fondateurs de la Belgique qui n'aura été une nation que le temps d'un printemps. A ce jour, la Flandre vit son
été.
La Wallonie frissonne face à l'automne de sa "belgitude".
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