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On culpabilise injustement les WallonsLeVif Extra no. 03 de 18/02/2011 extraits
En couverture, le RWF ainsi que 2 pages intérieures.
Interview de Paul-Henri Gendebien par. Michel Delwiche extraits
Vous parlez dans un de vos livres du « séparatisme
radical d'une Flandre hypnotisée par les partis nationalistes ». Et vous, vous
n'êtes pas séparatiste?
Je n'aime pas ce
mot « séparatiste », qui est négatif. Moi, je suis un unioniste. Unioniste,
parce que l'union, c'est une action volontaire. Nous constatons la séparation
de la Belgique, qui est un fait, et nous disons que la Wallonie a une vocation
régionale, mais dans un cadre plus large. Nous voulons une intégration à la
France, avec bien sûr une phase de transition. Changer de système politique,
mais pas de valeurs politiques. Et nous voulons en même temps que les Wallons
éprouvent un sentiment d'appartenance, car plus la mondialisation s'impose,
plus nous avons besoin d'être de quelque part.
A la chambre, 40 des 88 députés flamands ont été élus sur
des listes ouvertement indépendantistes (N-VA, VB ou LDD). Aucun côté wallon.
Pourquoi ?
Il y a une nation
et une fierté flamandes. De Leeuw van Vlaanderen, le roman d'Hendrik Conscience (Français
d'origine par ailleurs), date de 1838. Côté francophone, au départ, la
réaction est venue du milieu des fonctionnaires, qui voulaient défendre leurs privilèges.
La Wallonie n'est pas nationaliste, elle n'est ni une nation, ni une société politique.
Elle s'est construite en invoquant la légitime défense contre le mouvement flamand,
mais les Wallons se sont trompés d'adversaire : c'est contre la
Belgique qu'il aurait fallu se battre.
Votre parti, le Rassemblement
Wallonie-France (et Rassemblement Bruxelles-France), ne fait pas 2 % des
voix...
Les Wallons
préfèrent rester belges, même avec des coups de bâton. C'est comme ces prisonniers
qui, avant l'hiver, se font reprendre pour être au chaud, même s'ils savent
qu'ils auront de la mauvaise mangeaille. On a organisé la dépendance psychologique
et politique des Wallons vis-à-vis du système. On leur fait avaler toutes les
couleuvres. On les met dans l'état d'esprit du colonisé qui est persuadé qu'il
s'agit là d'une punition pour une faute commise dans une autre vie. On rend les
Wallons coupables d'avoir oppressé la Flandre et d'avoir laissé leur région se
désindustrialiser. Alors qu'ils n'y sont pour rien, ni dans un cas, ni dans
l'autre...
C'est le PS qui a tué le Rassemblement wallon, en
s'appropriant ses idées ?
Le Rassemblement
wallon participait au gouvernement, et il avait un appétit de pouvoir. C'est le
régime belge qui a tué le Rassemblement wallon. Le mouvement wallon a cédé à des
arrangements avec le régime belge, qui a divisé, acheté, récupéré. Aujourd'hui,
il n'y a plus de mouvement wallon. C'est un peu comme avec la Volksunie : Bart
De Wever ou Geert Bourgeois ont vu les mêmes manœuvres contre le mouvement
flamand, et ils se sont dit « plusjamais ça ». La N-VA a réussi le
tour de force de s'inscrire à la fois dans le sillage du mouvement flamand
historique, très nationaliste, et d'être en phase avec l'élite, moderniste et
décomplexée, des gens de 25 à 45 ans qui sont parfois partis de rien et qui ont réussi. La N-VA va
continuer à siphonner tous les autres partis flamands. La Flandre n'aime plus
la Belgique.
Quand avez-vous cessé de croire au fédéralisme ?
En 1978, après l'échec du pacte d'Egmont (qui
devait créer les trois Régions et accorder les mêmes droits aux francophones
de la périphérie qu'aux Flamands de Bruxelles), quand le Premier ministre a été
complice du TAK (Taal Aktie Komitee) et du VMO (Vlaamse Militanten Orde ), j'ai
commencé à avoir des doutes sérieux sur l'avenir du pays et sur le fédéralisme.
Au début des années 1980, je n'étais pas contre l'indépendance de la
Wallonie, mais j'ai été refroidi par l'enlisement du redressement wallon. Car
quels étaient, pour les Wallons, les objectifs du fédéralisme, si ce n'est la
pacification entre Flamands et Wallons, ainsi que le redressement économique.
Ces deux objectifs ont échoué. « Ce sera dur, mais les Wallons s'en sortiront
» : c'était le slogan du PS de Guy Spitaels pour les élections de r 987.
Demain, avec les efforts financiers qui nous seront imposés par l'Europe et le
Fonds monétaire international, les Wallons accepteront-ils une diminution de
20% de leur pouvoir d'achat?
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