Leterme ? Pas un Premier ministre, plutôt un
« peine-à-jouir »
Regard sur l’actualité de Paul-Henry Gendebien, Président du R.W.F.
Le pseudo-gouvernement Leterme n’a que deux mois et le voici
mort-né.
La cacophonie bat son plein, chaque ministre jouant sa propre partition,
poussant l’autre à la faute. L’intérêt des citoyens, en l’occurrence, passe au
second plan. Ce n’est pas un gouvernement, c’est une bande. Il n’est que
d’observer leurs querelles intenses sur tout et sur rien (sur le fond comme sur
la méthode, sur le budget, sur la fiscalité, sur les mesures sociales, sur le
Congo, sur les sans-papiers…).
Le flacon du pouvoir est fêlé avant même que d’avoir servi, il n’y a rien à
boire et pourtant la presse francophone semble en redemander car elle veut
croire que l’ivresse de la réconciliation belgo-belge est toujours
possible ! Stupéfiant : nos éditorialistes exigent tous les deux
jours que M. Leterme daigne faire ses preuves, qu’il endosse enfin l’habit de
Premier ministre, en un mot, qu’il se hisse au-dessus de la mêlée et qu’il
gouverne. L’ennui, c’est qu’ils l’ont déjà exigé vingt fois sans aucun succès.
La seule explication serait que notre presse bruxello-wallonne redoute une
énorme crise d’Etat qui précipiterait le régime dans les abîmes et avec lui son
cher Belgium. On voit bien pourtant qu’il y a quelque chose d’absurde dans ce
désir de voir M. Leterme s’améliorer : c’est aussi difficile que de faire
rentrer le dentifrice dans le tube.
La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. De même, le plus
mauvais Premier ministre de toute notre histoire ne peut donner que ce qu’il a,
c’est-à-dire à peu près rien. M. Leterme illustre à merveille le blocage
institutionnel belge. L’exacerbation du conflit de nationalités croît et
embellit en raison de la personnalité du Premier ministre. C’est un
« peine-à-jouir » typique, englué dans son double jeu consistant à
feindre de gouverner alors que sa mission est de progresser dans la voie du
démantèlement de l’Etat et de l’affirmation de la souveraineté flamande.
Inutile de se voiler la face : nous sommes en crise depuis Pâques 2007 et
nous observons une accélération de la liquidation de l’Etat belge.
La presse internationale n’est pas dupe !
La presse internationale, mécontente d’avoir été trompée par Verhofstadt
III qui lui annonçait le retour au calme, repart au charbon. La semaine
dernière, c’était le New York Times et l’International Herald Tribune qui
évoquaient une Flandre contaminée par « un fascisme sans violence ».
Pas plus tard que vendredi dernier, 23 mai, le grand quotidien français, Le
Figaro, consacrait toute sa deuxième page à un reportage sur « la
Belgique : un Etat en voie de disparition ». Et sans point
d’interrogation. Attendons-nous à une nouvelle colère noire des autorités
flamandes. Le Ministre président flamand Kris Peeters osera-t-il encore accuser
les Francophones, comme il le fit récemment dans Le Soir, de « salir la
Flandre » ? Cela dit, ce n’est même pas nécessaire : la Flandre
assume le job elle-même, toute seule.
En privé, il n’y a plus guère de journalistes ou de politiciens pour parier un
centime sur le sort du gouvernement. La plupart d’entre eux estiment qu’il ne
passera pas l’été.
Selon un vieux diction dont raffolent les parlementaires (surtout
quand il s’agit de leurs collègues), on ne tire par sur une ambulance.
Cela dit, Leterme n’et pas vraiment une ambulance. Il ferait plutôt
dans le genre « police militaire » car n’est-il pas chargé avant
tout de surveiller le convoi des intérêts flamands ? C’est pour cela et
pour cela seulement qu’il occupe la fonction. Il n’est que l’avant-bras d’un
nationalisme flamand qui avance de moins en moins masqué.
Leterme, le Meciar de la Flandre ?
De deux choses l’une. Ou bien Yves Leterme fait plier les Francophones
épouvantés par l’hypothèse d’une crise majeure et dans ce cas la Flandre
accumule une jolie moisson dans sa marche vers la souveraineté. Ou bien, son
gouvernement de rencontre se fracasse au milieu d’un été orageux et alors
s’ouvre pour le Premier Ministre démissionnaire une nouvelle étape dans sa
carrière : il se drape dans le manteau du martyr et « fait don de sa
personne » à la Flandre souffrante et militante, dénonçant l’odieuse
arrogance des Francophones. On évoque parfois le précédent de Leo Tindemans,
Premier ministre de 1974 à1978.
Le cas n’est pas exactement identique, même si Tindemans avait
brutalement démissionné de son emploi, orchestrant sa propre victimisation et
se repliant dans une sombre posture d’incompris inspirée d’Hamlet. Leterme, quant
à lui, parce qu’animé par le puissant désir d’une revanche contre une
mystérieuse infortune dont il ne semble pas encore avoir réussi à démêler tous
les fils, pourrait organiser son fort Chabrol au cœur de la Flandre et
reprendre les rênes de son gouvernement autonome après un nouveau succès
au prochain scrutin régional. Avec, comme perspective, l’émergence d’un
Etat dont il serait le chef, croit-il peut-être. Un chef musclé, à l’instar
d’un Vladimir Meciar, ce tribun populiste qui dirigea la jeune Slovaquie
indépendante issue de la partition, au 1er janvier 1993, de
l’ancienne Tchécoslovaquie binationale.
On le devine, ce qui se passe aujourd’hui n’est rien d’autre que la
préparation des explosifs et autres bombes à fragmentation qui auront raison de
l’Etat.
Consciemment ou pas, peu importe, M. Yves Leterme est devenu à cet égard un
expert redoutable, encore meilleur que MM. Bart De Wever et Geert Bourgeois
réunis.
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